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RECHERCHE

Stephan Kemp, chercheur engagé aux côtés d’ELA

Stephan KempStephan Kemp est né et a grandi à Delft, aux Pays-Bas. Il a obtenu son doctorat à l’Université d’Amsterdam en 1999, après avoir effectué sa formation en recherche à la Johns Hopkins University / Kennedy Krieger Institute à Baltimore aux États-Unis. C’est là qu’il a cofondé, avec le Dr Hugo Moser, une base de données de référence mondiale (www.adrenoleukodystrophy.info) destinée aux cliniciens et aux patients.

Depuis plus de 25 ans, il consacre sa carrière à la compréhension de l’ALD, depuis l’étude des mécanismes biologiques de la maladie jusqu’au développement de meilleurs outils diagnostiques et à la mise en place du dépistage néonatal. En 2023, il a joué un rôle clé dans le lancement du programme national néerlandais de dépistage néonatal de l’ALD, faisant des Pays-Bas l’un des premiers pays à dépister les nouveau-nés pour cette maladie dévastatrice. Plus récemment, il a dirigé le projet “Zone Grise”, qui aide les familles et les cliniciens à interpréter les résultats génétiques incertains identifiés lors du dépistage, réduisant ainsi l’anxiété et les interventions médicales inutiles.

Stephan Kemp est professeur titulaire en maladies neurométaboliques héréditaires et en dépistage néonatal à l’Amsterdam UMC et à l’Université d’Amsterdam aux Pays-Bas. Il siège dans plusieurs conseils scientifiques et médicaux en Europe et aux États-Unis, notamment au sein du conseil scientifique d’ELA.

Comment décririez-vous l’adrénoleucodystrophie (ALD) en quelques mots ?

L’adrénoleucodystrophie (ALD) est une maladie héréditaire dévastatrice qui affecte le cerveau et les glandes surrénales.

Des mutations génétiques du gène responsable de l’ALD entraînent l’accumulation d’acides gras toxiques dans l’organisme. Ces acides détruisent la myéline, la gaine protectrice entourant les cellules nerveuses du cerveau et de la moelle épinière, ainsi que les cellules des glandes surrénales responsables de la production de l’hormone du stress, le cortisol.

Dans sa forme la plus sévère, l’ALD provoque un déclin neurologique rapide chez les garçons et les hommes adultes qui semblaient souvent en parfaite santé quelques semaines auparavant. En l’absence de dépistage précoce et de traitement rapide, l’ALD peut être fatale ou entraîner un handicap profond chez l’enfant.

Vous avez dirigé le développement du dépistage néonatal de l’ALD aux Pays-Bas. Quel était l’objectif principal de ce programme ? En quoi bénéficie-t-il aux nouveau-nés aux Pays-Bas ?

L’objectif principal est simple : identifier les garçons atteints d’ALD avant l’apparition des symptômes afin de pouvoir débuter le traitement à temps. L’atteinte cérébrale de l’ALD peut être traitée par une greffe de moelle osseuse, mais uniquement si celle-ci est réalisée avant l’apparition d’atteintes cérébrales.

Grâce au programme néerlandais de dépistage néonatal de l’ALD, lancé en octobre 2023, environ quatre à six garçons affectés sont identifiés chaque année, ce qui correspond à la prévalence attendue d’un cas pour 15 000 naissances. Ces garçons sont orientés vers le Centre des leucodystrophies d’Amsterdam, où ils sont pris en charge par le Dr Marc Engelen, chef du service de neurologie pédiatrique. Tous les garçons intègrent ensuite un programme de suivi comprenant des IRM cérébrales régulières pour surveiller leur fonction cérébrale ainsi qu’une évaluation de la fonction surrénalienne.

Quels sont les principaux objectifs de vos recherches actuelles sur le dépistage néonatal ?

Bien que le dépistage néonatal de l’ALD permette d’identifier les garçons à risque, tous ne développeront pas la forme cérébrale sévère de la maladie. À l’âge de 18 ans, environ 40 % des garçons auront développé la forme cérébrale et 50 % auront présenté une atteinte surrénalienne. Néanmoins, tous bénéficient d’un suivi intensif comprenant des IRM cérébrales et un bilan de la fonction surrénalienne tous les six mois. Ce suivi est stressant, coûteux et potentiellement inutile pour une proportion significative de garçons.

Nos recherches visent à améliorer notre capacité à prédire quels patients développeront ou non la maladie, afin d’adapter la surveillance et d’éviter des interventions inutiles. Nous cherchons également à mieux comprendre les facteurs déclenchant l’apparition de la maladie, l’une des grandes questions encore sans réponse dans ce domaine.

Comment le dépistage néonatal contribue-t-il à la prise en charge et au suivi de la maladie ?

Le dépistage néonatal transforme l’ALD, passant d’une maladie découverte en situation de crise, souvent trop tard pour intervenir, à une maladie prise en charge de manière proactive.
Au lieu de recevoir un diagnostic dévastateur après que l’enfant ait déjà perdu des fonctions neurologiques, les familles sont informées précocement et leur enfant intègre des programmes de suivi structuré. Si une atteinte cérébrale se développe, nous pouvons intervenir immédiatement par une greffe de moelle osseuse, très efficace à ce stade. Si les glandes surrénales sont touchées, un traitement substitutif hormonal est disponible.

ELA est partenaire de vos travaux de recherche. Quelle est l’importance de ce partenariat pour votre travail ?

Depuis plus de 20 ans, ELA est un partenaire essentiel de nos recherches. Honnêtement, notre groupe de recherche n’existerait probablement pas sous sa forme actuelle sans le soutien d’ELA. Nous avons bénéficié de plusieurs financements dans le cadre des appels à projets très compétitifs d’ELA, qui sont indispensables pour la recherche sur les leucodystrophies en général, et pas uniquement sur l’ALD. Le soutien d’ELA a été fondateur, et non simplement complémentaire. Au-delà de l’appui financier, ELA crée des liens entre chercheurs, cliniciens et familles, en veillant à ce que la recherche reste centrée sur l’essentiel : les patients et leurs proches qui vivent avec cette maladie au quotidien.

Les familles attendent un traitement disruptif pour l’ALD. Êtes-vous optimiste ?

Je suis sincèrement optimiste. Nous réalisons de réels progrès sur plusieurs fronts. À court terme, je suis convaincu que les avancées dans notre compréhension de la biochimie et de l’histoire naturelle de l’ALD — notamment grâce aux données issues d’études de cohortes à long terme, comme la nôtre — permettront de mieux prédire quels garçons risquent de développer une atteinte cérébrale ou une insuffisance surrénalienne, et lesquels ne la développeront pas. Cela est crucial, car actuellement tous les garçons identifiés par le dépistage néonatal bénéficient du même suivi intensif, quel que soit leur risque individuel. Nous développons également de meilleures méthodes pour mesurer la progression de la maladie — des outils qui sont essentiels pour tester plus efficacement des traitements potentiels sur des périodes plus courtes et avec une plus grande puissance statistique. Fait important, les entreprises pharmaceutiques manifestent désormais un réel intérêt pour l’ALD et collaborent avec des centres experts à travers le monde. Il s’agit d’un changement majeur. Pour la première fois, j’ai le sentiment que des traitements réellement efficaces pour les patients atteints d’ALD sont à portée de main.

Vous êtes membre du conseil scientifique d’ELA. Pourquoi avez-vous choisi de vous engager auprès d’ELA? Que représente cet engagement pour vous?

J’ai rejoint le conseil scientifique d’ELA par reconnaissance pour tout ce que l’association apporte à la communauté des leucodystrophies, et je considère cet engagement comme une manière de contribuer en retour en partageant mon expertise scientifique. Je suis convaincu que les personnes qui financent la recherche doivent bénéficier d’une évaluation scientifique rigoureuse et indépendante de l’utilisation des fonds. C’est une responsabilité que je prends très au sérieux.

Le conseil scientifique est composé d’un groupe engagé d’experts en recherche préclinique et clinique, qui couvre tous les aspects : de la recherche fondamentale aux essais cliniques. Lorsqu’un membre présente un conflit d’intérêts potentiel, par exemple si son institution a soumis un projet, il se retire des discussions et n’est pas informé des décisions finales, garantissant ainsi un processus équitable et indépendant. Mon implication au sein du conseil scientifique me permet de contribuer non seulement en tant que chercheur, mais aussi en veillant à ce que les ressources d’ELA soutiennent les projets scientifiques les plus pertinents et de la plus haute qualité.