« La trouille », 14 octobre 2019



Publié le mercredi 24 juin 2020

Photo Bertrand Jamot

Du 14 au 19 octobre 2019, des milliers d’établissements scolaires ont participé au lancement de la campagne citoyenne et solidaire « Mets tes baskets et bats la maladie à l’école ». Pour cette 16e Dictée d’ELA, c’est Nicolas Mathieu qui a écrit le texte intitulé « La trouille ».
La lecture du texte a eu lieu le 14 octobre dans un collège de Paris en présence de Brigitte Macron accompagnée de Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale, de Nicolas Mathieu et de Guy Alba, Président d’ELA International. Le même jour, le texte a été lu par de nombreux parrains d’ELA. Parmi eux : Frédéric Bouraly, Sandrine Quétier, Claudia Tagbo, David Ban, David Smétanine, Cécilia Hornus, Ludovic Baude, Amel Bent, Sophie Thalmann, Pierre Ménès, Les Arcadians et bien d’autres….


 

Quand j’étais môme, je détestais les jeudis, parce que le jeudi, c’était le jour de la dictée. Dans ce temps-là, j’allais dans une école de garçons avec un marronnier au milieu de la cour et pas une seule fille, ce qui ne nous dérangeait pas tellement. En tout cas, le jeudi, à peine j’étais levé que je pensais déjà à la dictée. J’avais du mal à boire mon chocolat, j’avais du mal à avaler mes tartines. Tout était difficile. Je pensais au COD, à l’auxiliaire avoir, au participe passé, à la note qui dégringole, en rouge, dans la marge. Ça tombe très vite une note, c’est à peine croyable. Et puis j’enfilais mes baskets et je partais pour l’école. Avec mes copains, Alex et Simon, on se retrouvait chaque matin devant la boulangerie. Et une fois réunis, on se mettait à cavaler et je me disais : si je tiens bon jusqu’à l’école sans m’arrêter, j’aurai la moyenne. Si j’accélère dans la côte, j’aurai 14. Si je saute au-dessus du banc, j’aurai peut-être 16. Et à force d’espérer, j’oubliais d’avoir la trouille. Bon, à la fin, je faisais toujours des tas de fautes, du rouge partout, et ma mère disait à mon père, il ne saura jamais écrire cet enfant. Mais toutes ces années, j’ai mis mes baskets et je me suis battu contre cette maladie des dictées. Aujourd’hui, je sais que ce n’était pas si terrible. D’autres enfants ont des problèmes plus graves. Je pense aux enfants d’ELA. C’est pour eux qu’il faut courir à présent, tenter le zéro faute, et espérer sans fin.