Recherche sur l’adrénoleucodystrophie : retour sur la carrière du Pr Hugo Moser



Publié le Mercredi 28 novembre 2012

Pr Gerald Raymond

Neurologue de renom, le Pr Hugo Moser a consacré toute sa vie à la recherche sur l’adrénoleucodystrophie et a travaillé sans relâche pour aider les malades et leurs familles. Mme Ann Moser, sa veuve et son fidèle bras droit, et son élève, le Pr Gerald Raymond, reviennent sur sa carrière.

 

 Quelles découvertes du Pr Moser ont conduit à la mise en place du premier test de diagnostic de la maladie ?

Hugo Moser aimait donner le conseil suivant qu’il avait reçu durant sa formation de médecin « donne-toi comme objectif de tout savoir sur une maladie ».

Au début des années 80, son intérêt principal s’est porté sur la recherche des maladies peroxysomales. On savait déjà que les cerveaux d’individus atteints d’adrénoleucodystrophie (ALD) comportaient des lipides inhabituels – des acides gras à très longues chaînes (AGTLC). En se basant sur cette observation, Mr et Mme Moser ont montré que ces lipides pouvaient être mesurés dans le plasma et les fibroblastes. Depuis son développement, ce test de dosage des AGTLC plasmatiques a été utilisé pour diagnostiquer des milliers d’individus et est devenu un des outils principaux dans le diagnostic d’autres maladies peroxysomales.

Grâce à ce test de diagnostic, l’examen des variations au sein de familles touchées par l’ALD a pu être conduit et pour la première fois, des individus asymptomatiques présentant le risque de développer une insuffisance surrénalienne et une forme cérébrale de l’enfant ont pu être identifiés. Une fois le diagnostic disponible, une lourde tâche s’en est suivie : il  a fallu annoncer aux familles que leur enfant souffrait de la forme cérébrale de l’ALD et allait mourir de la maladie, mais aussi les informer le cas échéant que le jeune frère du malade portait la même anomalie biochimique et était à risque de développer la maladie.

 

Le Pr Moser a également développé divers types de thérapies pour les patients souffrant d’ALD. Quelles sont-elles ?

Lorsque l’anomalie biochimique de la maladie a commencé à être comprise, un traitement potentiel prometteur a également été découvert. Bien qu’une augmentation des acides gras à très longues chaînes ait été observée chez les malades, ceux-ci ne pouvaient pas être simplement diminués à l’aide d’un régime alimentaire. Par la suite, on a remarqué que l’utilisation d’acides gras monoinsaturés, un mélange appelé huile de Lorenzo, accompagné d’un régime alimentaire pouvait réduire de façon efficace les taux sanguins d’AGTLC.

Dans le monde entier, des chercheurs ont entrepris un certain nombre d’études ouvertes démontrant que, malgré la normalisation des AGTLC, le cours tragique de la maladie cérébrale inflammatoire restait inchangé. De même, d’autres études publiées au début des années 90 n’ont pas montré de changement appréciable chez les individus atteints d’adrénomyéloneuropathie, la forme adulte de la maladie, conduisant à apprécier l’huile de Lorenzo comme inefficace dans l’ALD.

A cette époque, nous avons continué l’étude chez des garçons asymptomatiques en examinant le rôle de l’huile en tant que thérapie préventive. En 2005, les résultats de l’étude ont été publiées dans le journal scientifique ‘Archives of Neurology’. Les résultats de cette étude, bien que limités, ont conduit à une réévaluation de l’utilisation de l’huile de Lorenzo en tant que thérapie préventive et à son étude dans le cadre d’une étude en double aveugle, contrôlée avec placebo pour l’adrénomyéloneuropathie.

Le Pr Moser a également participé à la première greffe de moelle osseuse à l’hôpital Johns Hopkins chez des patients avec une adrénoleucodystrophie. Même si cette tentative n’a pas été couronnée de succès, d’autres médecins ont poursuivi leurs efforts et, en 1990, le professeur Aubourg a rapporté la réussite d’une greffe chez un individu avec une maladie dans sa phase précoce.

D’autres tentatives de thérapie ont été poursuivies comme des essais utilisant l’interféron bêta, le thalidomide, et le 4-phénylbutyrate. Des études collaboratives approfondies ont également été conduites sur l’histoire naturelle de l’ALD avec l’étude de la progression de la maladie chez les hommes et les femmes, l’utilisation de la neuroimagerie, et l’étude de l’inflammation neurologique observée dans la maladie cérébrale.

 

Quel impact ont eu des découvertes sur la vie et la prise en charge des malades?

Hugo a consacré sa vie aux patients et à leurs familles. Il a défendu et soutenu activement le groupe de familles pour les leucodystrophies ‘the United Leukodystrophy Foundation’. Tous les ans au mois de Juillet, il était présent lors des rencontres avec les familles dans l’Illinois, s’asseyant avec les familles au dîner et discutant de leur situation.

Il a toujours été agacé par l’absence de traitement pour l’ALD et il a travaillé sans relâche pour défendre les malades et leurs familles. Il répondait personnellement aux appels téléphoniques, aux e-mails et écrivait des courriers pour aider des individus. Les visiteurs étaient toujours les bienvenus peu importe qu’ils soient des médecins, des chercheurs ou des familles. Le réseau de grande envergure de scientifiques et de familles, travaillant tous vers un objectif commun, qu’il a créé représente l’une des plus grandes forces de sa carrière.

 

Quel héritage a laissé le Pr Moser?  

Son projet le plus récent a été d’obtenir l’ajout du test de dépistage néonatal pour l’adrénoleucodystrophie et d’autres troubles du peroxysome dans la liste des maladies dépistées au niveau régional. Il était évident pour nous que si nous pouvions analyser et tester chaque membre d’une famille à risque, il restait trop de familles qui ne se savaient pas en danger. Hugo s’est de nouveau tourné vers son bras droit, Ann, qui en collaboration avec Walter Hubbard, a développé une méthodologie utilisant la spectroscopie de masse en tandem qui pourra être adaptée pour le dépistage néonatal de l’ALD.

En savoir plus :