20 ans de recherche sur la myéline : interview du Pr Charles ffrench-Constant



Publié le Mercredi 14 novembre 2012

Le Pr Charles ffrench-Constant, éminent scientifique dans le domaine de la myéline, président du Conseil Scientifique de la Fondation ELA et directeur du Centre pour la Recherche sur la Sclérose en Plaques à l’Université d’Édimbourg (Écosse), revient, à l’occasion des 20 ans d’ELA, sur les progrès de la recherche sur la myéline, sa biologie et sa réparation.

 

 

 

Comment le domaine de la biologie de la myéline a-t-il évolué ces 20 dernières années?

En 20 ans, la biologie de la myéline a évolué de manière considérable. Nous avons maintenant une bonne compréhension des mécanismes moléculaires qui conduisent à la production d’oligodendrocytes à partir de cellules précurseurs. Nous comprenons aussi maintenant la relation entre les oligodendrocytes et les cellules souches dans le cerveau adulte. Cependant, nous ne comprenons assez mal les mécanismes de la caractéristique qui est peut-être la plus remarquable de la biologie de la myéline à savoir comment un oligodendrocyte forme un grand nombre de gaines de myéline composées d’une cinquantaine d’enveloppes membranaires et chacune d’entre elles avec une taille précisément correcte pour l’axone en train d’être myélinisé ?

 

Comprenons-nous mieux les mécanismes conduisant aux dommages de la myéline?

Dans la sclérose en plaques, des études neuropathologiques minutieuses ont grandement amélioré notre compréhension sur l’implication du système immunitaire dans les lésions de la myéline. Pour les leucodystrophies, les progrès ont été plus lents et nous avons encore des questions importantes à résoudre.

 

Dans quelles circonstances la remyélinisation endogène survient chez l’homme?

La neuropathologie a révélé que la remyélinisation peut être étendue dans la sclérose en plaques, surtout au début de l’évolution de la maladie. Nous savons depuis un certain temps que les lésions expérimentales sur des modèles animaux peut être très bien réparées – la constatation qu’une telle réparation puisse être aussi importante chez l’homme a été une surprise, mais aussi une découverte très importante. Dans la leucodystrophie, la remyélinisation est beaucoup moins étudiée, mais vu que la maladie résulte généralement d’une anomalie de l’oligodendrocyte, le taux de réparation endogène est susceptible d’être faible.

 

Comment peut-on la favoriser ?

C’est l’un des principaux objectifs de la recherche sur la sclérose en plaques du moment, et nous avons maintenant identifié un petit nombre de cibles potentielles pour développer des médicaments.

 

 La thérapie cellulaire représente-t-elle une bonne option pour réparer la myéline?

Nous devons être très clair sur ce que nous entendons par ‘thérapie cellulaire’, et quelles maladies nous essayons de traiter.
Si nous essayons d’introduire de nouveaux oligodendrocytes pour remplacer les cellules endommagées, cette option sera limitée pour la sclérose en plaques  vu l’étendue de la maladie. En effet, il serait difficile pour les cellules de se propager assez loin dans le cerveau adulte endommagé. Pour la leucodystrophie, la thérapie de remplacement cellulaire est beaucoup plus prometteuse car :

  • la maladie est généralement due à une anomalie intrinsèque de la cellule plutôt qu’à une attaque immunitaire extérieure et
  • le cerveau de l’enfant est plus petit et préparé pour la myélinisation qui se produit normalement  durant 20 ans au moins après la naissance.

Pour se faire, nous devrons utiliser les oligodendrocytes d’un autre individu vu que les propres cellules des patients comporteront toujours le défaut génétique.

  

Comment voyez-vous la transition du travail de laboratoire au traitement des malades se faire?

Avec un optimisme croissant ! Les chercheurs se concentrent maintenant sur cette transition, tout comme ELA avec ses priorités de financement, et la science est maintenant prête pour une application clinique. Nous avons besoin de toute une génération de jeunes cliniciens formés aux leucodystrophies pour faire naître cette promesse, et là encore ELA poursuit des efforts pour trouver et former les meilleurs jeunes médecins.

 

La majorité de la recherche conduite dans le domaine de la myéline se concentre sur la sclérose en plaques. Peut-on espérer voir plus de recherche se focalisant sur les leucodystrophies ?

Je suis convaincu que nous allons voir beaucoup plus de recherche sur les leucodystrophies. Il est clair que les traitements sont maintenant une possibilité réaliste. Notre compréhension de la science fondamentale a progressé à un niveau où l’application clinique est possible, et nous avons développé des technologies suffisamment bonnes pour mesurer avec précision les résultats des traitements. En faisant en sorte que le financement pour cette recherche vitale continue, nous pouvons nous assurer que la réalisation des objectifs.

 

Comment voyez-vous le domaine progresser dans le futur ?

Vers la clinique !!

 

En savoir plus : C’est quoi la myéline ?