Rencontre extraordinaire avec Béatrice Hess, marraine de l’association ELA.



Publié le Mardi 1 juin 2010

2 médailles d’or aux jeux paralympiques en 2004 à Athènes, 7 médailles d’or aux jeux paralympiques à Sydney en 2000, 6 médailles d’or aux jeux paralympiques à Atlanta en 1996, 7 médailles d’or au championnat européen de Brauschweig (Allemagne) en 1999, 5 médailles d’or au championnat du monde de Christchurch en 1998, 6 médailles d’or au championnat européen de Badajoz (Espagne) en 1997 etc…

 

Plus de 40 médailles d’or, y compris 20 médailles paralympiques pendant vingt ans d’une carrière d’une athlète de haut niveau. C’est la collection incroyable de récompenses d’une nageuse handicapée qui se déplace dans un fauteuil roulant.

 

 

 

Pourquoi avez-vous choisi la natation ?

Béatrice Hess : la raison est simple. La natation, c’est ce que vous êtes obligé de faire dans un centre de réadaptation. La natation a d’abord été pour moi une contrainte avant de devenir plus tard un plaisir et une façon de me battre contre mon invalidité.

 

 

Comment cette activité thérapeutique est-elle devenue une réelle passion ?

B.H. : En 1973, j’avais 13 ans, on avait décidé de m’envoyer dans un hôpital à Berck au Nord de la France pour traiter ma maladie osseuse. C’était très dur parce que, du jour au lendemain, j’ai quitté ma famille en Alsace pour aller à l’autre bout dela France. J’aipassé 4 ans et demi à Berck et la vie dans cet hôpital a vraiment été dure. L’hôpital était dirigé par les sœurs qui appliquaient des règles très strictes. Si vous aviez été puni, vous n’aviez pas de nourriture pendant trois jours! Et vous ne possédiez rien, même les vêtements étaient partagés. Mon lit était juste un chariot.

 

Comment imaginer…

B.H. : Mes parents n’avaient pas les moyens de me soigner. Ils n’avaient aucun autre choix que de m’envoyer à Berck. Je ne pouvais pas beaucoup communiquer avec eux parce que les sœurs appliquaient une censure stricte.

Ma maladie n’a pas été vraiment traitée. Ils n’ont pas su exactement ce que j’avais. Mais revenons à la natation. Ca a d’abord été un univers très contraignant mais aussi un moment de liberté. Quand j’étais dans l’eau, j’étais sûre que la sœur ne viendrait pas. Elle ne pouvait pas enlever son voile pour entrer à la piscine. Je n’étais dérangée par personne. Les concours de natation représentaient un bon moyen de quitter l’hôpital. Autrement on ne m’aurait pas permise de sortir.

 

La natation était donc une voie pour vous d’échapper à cette situation. Avez-vous pensé à devenir athlète de haut niveau à ce moment-là ?

B.H. : Non, j’ai commencé la compétition de haut niveau plus tard, quand j’ai quitté Berck pour aller dans un centre de formation professionnelle à Etuéffont, près de Belfort. Je ne pouvais pas suivre des études normales. Je suis allée là-bas pour étudier la comptabilité. J’avais 17 ans et demi et j’y ai passé 3 ans.

 

Nous devions faire quelques activités périscolaires. J’ai donc choisi la natation. Je nageais avec la même détermination qu’à l’hôpital mais avec un véritable entrainement. J’ai été formée avec les gens valides. Je nageais de mieux en mieux. J’étais simplement douée pour cela. Le glissement dans l’eau était quelque chose de naturel pour moi. J’ai participé à plusieurs compétitions qui m’ont permis de voyager. Je prenais beaucoup de plaisir à le faire. Pour la première fois, je pouvais découvrir le monde extérieur.

 

Après mon diplôme en 1981, j’ai commencé à travailler à Colmar, où j’ai continué à nager. Les choses allaient si bien que j’ai participé à mes premiers jeux paralympiques en 1984 à New York et j’ai gagné 4 médailles d’or, puis 1988, les jeux paralympiques de Séoul, les premiers à se dérouler dans les mêmes conditions que les valides.

 

 

Qu’est- il arrivé ensuite ?

J’ai pris un peu de recul dans ma carrière d’athlète après 1988. Je me suis mariée et j’ai eu deux enfants. Je n’avais pas beaucoup de temps pour l’entrainement. La natation me manquait et j’ai finalement repris l’entrainement en 1994. Mon but était les jeux paralympiques de 1996 à Atlanta. A nouveau, j’ai partagé la piscine avec des athlètes valides. J’ai beaucoup. J’étais déterminée à atteindre mon but.

 

Est-ce qu’il n’était pas difficile de retourner à la natation après cette pause ?

C’est vrai. J’étais épuisée. Mais j’aimais ça et j’étais si motivée. C’était le plus important. Même si le regard des autres était parfois blessant. Quand je suis retournée à la compétition après m’être occupée de mes enfants, quelques personnes m’ont raillée. J’ai voulu leur montrer qu’ils ont eu tort. J’ai gagné 6 médailles d’or en 1996 et j’ai atteint ensuite le point le plus haut de ma carrière aux jeux paralympiques de Sydney en 2000 avec 7 médailles d’or. Les jeux à Athènes en 2004 ont été mes derniers.

 

Avec toutes ces médailles, toutes ces victoires, pensez-vous avoir eu la reconnaissance que vous méritez ?

B.H. : Oui, je peux dire que j’ai obtenu de plus en plus de reconnaissance. En 1988 après les jeux paralympiques, j’ai été accueillie par le Président de la République, François Mitterrand sans attirer le moindre média. En 1996, j’ai été accueillie avec les athlètes valides, et en 2000 la couverture médiatique a été bien meilleure.

Bien sûr, je pense que les jeux paralympiques méritent plus d’intérêt des médias, mais il y a d’autres signes de reconnaissance. Comme handicapée, j’ai été reconnue par le reste de la société. Cela m’a amené une réelle reconnaissance sociale. J’ai voyagé, je n’ai pas eu de problèmes pour trouver un emploi. Toute cette reconnaissance vous donne de plus en plus d’assurance.

 

 

Pour conclure, que vous a apporté le sport ?

B.H. : Il m’a tout donné. Il m’a permis de voyager, de rencontrer des gens extraordinaires… Surtout, il m’a permis d’oublier mon invalidité en renforçant chaque jour mon corps. J’ai montré que je pouvais faire quelque chose. Avant Atlanta, j’étais « la femme handicapée qui fait du sport » et maintenant je suis « une athlète handicapée ». Mon invalidité a été oubliée et les gens me connaissent comme une athlète. C’est le plus important pour moi. Il m’a tout donné. Ma vie a été complètement construite autour du sport. Je n’aurais pas fait de sport si je n’avais pas été invalide. J’ai tourné mon invalidité à mon avantage. Cela peut sembler surprenant mais maintenant je peux dire que sans cette invalidité, je n’aurais peut-être pas été si heureuse dans ma vie.