Rencontre avec Merwan Rim, artiste engagé…



Publié le Mercredi 1 septembre 2010

Merwan Rim est un artiste atypique dans le monde du spectacle : multi-instrumentiste, autodidacte, auteur, compositeur, interprète, comédien… On le voit depuis plusieurs mois dans l’opéra rock « Mozart » produit par Albert Cohen et Dove Attia, avec lesquels il a collaboré dans « Les 10 commandements » et « Le Roi Soleil ». Mais il est aussi parrain de l’association ELA et, dès qu’il le peut, il s’investit pour les enfants.

 

 

En quelques mots, racontez-moi votre enfance

Mes parents sont algériens. Je suis né et j’ai grandi en banlieue, à Sarcelles (95), à quelques kilomètres au nord de Paris. Je suis le 5e d’une famille de sept enfants. Nous sommes deux garçons pour cinq filles. L’ainé de la fratrie est mon frère qui a dix ans de plus que moi. Il est handicapé mental et moteur. Ça a été difficile de l’admettre et de l’accepter. Nous n’avons pas vécu dans le luxe, mais mes parents ont toujours tout fait pour nous.

A 19 ans, j’ai perdu mon père. Ça n’a pas été évident pour toute la famille. On s’est serrés les coudes et on a toujours été très solidaires. La famille, c’est important pour moi. A l’époque, j’étais étudiant et j’ai dû devenir un homme, un frère, un père. Je me suis retrouvé le seul homme valide de la famille. D’un coup, j’ai assumé plein de responsabilités qui n’étaient pas de mon âge. Ça a déteint sur beaucoup d’aspects de mon caractère.

 

 

Votre passion pour la musique est-elle arrivée tôt ?

J’ai toujours eu l’impression que la musique n’était pas pour moi, qu’il fallait avoir des parents musiciens. A la maison, tout le monde chantait pour le plaisir et j’ai grandi dans cette ambiance. A 16 ans, j’ai écouté des groupes qui m’ont bouleversé et j’ai eu envie de jouer d’un instrument. Mes amis en possédaient et j’étais frustré. J’ai voulu jouer de la batterie puis de la guitare. Je ne savais pas lire une partition. L’envie a été plus forte : j’ai commencé à jouer tout seul, à apprendre la musique à l’oreille. Je suis complètement autodidacte. Je me suis mis ensuite au piano et à la basse. La musique a été mon échappatoire, mon jardin secret.

 

 

Et vos débuts ? Comment votre carrière a-t-elle débuté ?

L’élément déclencheur a été le décès de mon papa. A 19 ans, je me suis rendu compte qu’il avait été déçu de son parcours professionnel. Avant d’arriver en France, il était boulanger, bien plus qu’un métier pour lui. Mais pour subvenir aux besoins de la famille, il a dû travailler dans le bâtiment. Cette frustration m’a profondément marqué. Alors, lorsqu’il est décédé, je me suis donné deux ans pour faire de ma passion un métier.

 

J’ai réussi à être admis dans une école de musique. Je n’ai pas osé le dire à ma maman. Elle pensait que j’allais à la fac même si elle trouvait bizarre que je parte avec ma guitare. Cette période a été très dure car je travaillais à côté et j’avais des journées qui commençaient à 4h du matin. Je prenais le train de 5h pour me rendre au parc Disney Land Paris, où je préparais les petits déjeuners dans les hôtels et j’incarnais des personnages. A 12h, je revenais à Paris pour l’école de musique jusqu’à 18h. Puis, je commençais mon autre métier, celui de barman. Je dormais à peine 3h par nuit. Ça a duré neuf mois à ce rythme là.

 

Et puis, j’ai passé une audition pour la comédie musicale des « 10 commandements ». Nous étions 8 000 à nous présenter pour seulement sept rôles, ceux de la 2e équipe. J’avais 22 ans, c’était ma 2e audition. Je suis passé devant Albert Cohen, Dove Attia, Pascal Obispo, Kamel Ouali, Elie Chouraki. Un très grand stress et en même temps un vrai bonheur. J’ai été choisi et je suis parti en tournée dans le monde. J’avais fait quelques concerts mais c’est là que j’ai vraiment appris le métier, la rigueur. J’ai joué Ramsès tous les soirs pendant trois ans. Et puis j’ai continué. J’ai enchainé en 2005 avec la comédie musicale « Le Roi Soleil » avec Emmanuel Moire et Christophe Maé. Ma 1ère trace discographique. Et aujourd’hui, l’opéra rock « Mozart » !

 

Actuellement, vous faites partie de la troupe de l’opéra rock « Mozart » mis en scène par Olivier Dahan, réalisateur du film « La Môme », et produit par Albert Cohen et Dove Attia. Et après, quels sont vos projets ?

La comédie musicale reprend fin octobre et nous nous installons à Paris jusqu’en janvier. Ensuite, nous partons pour une 2e grande tournée en France. Le spectacle partira ensuite à l’étranger.

Je vais surtout sortir à la fin de cette année ou début 2011 mon premier projet solo. C’est important pour moi. C’est mon bébé musical : ça fait 15 ans que j’en rêve. Sur cet album, je suis auteur, compositeur et arrangeur. Ma victoire est déjà là. Je ne sais pas ce qu’il se passera. Mais, une fois sorti, cet album ne m’appartiendra plus.

 

Comment s’est passée votre première rencontre avec l’association ELA ? Quels souvenirs gardez-vous de ce moment

Un tournoi de golf a été organisé avec des personnalités au profit de l’association ELA. On m’a proposé de participer et de rencontrer des enfants et leurs familles. J’ai accepté et j’ai rencontré l’équipe de l’association avec laquelle je suis devenu très proche. Depuis, dès que je suis disponible pour un événement de l’association, je le fais.

 

Depuis cette première rencontre, il y en a eu d’autres. Qu’est ce qui vous marque le plus dans ces moments ?

La maladie ne m’est pas inconnue, je sais ce que ça implique, ce que ça peut créer dans une famille. La maladie fait partie d’eux, ils l’acceptent et vivent avec. Je connais leur souffrance. Je connais cette différence. J’ai vu des familles qui ressemblent à la mienne. Je me suis reconnu dans les fratries et j’ai reconnu mes parents dans ces parents.

 

On le voit, vous êtes très pris par votre carrière, mais vous savez consacrer du temps à ELA. Qu’est ce qui rapproche le chanteur que vous êtes à l’association ELA ?

Aujourd’hui mon métier me plaît, c’est un cadeau. Je suis privilégié et je le sais. En face de moi, je vois des enfants qui ne savent pas de quoi demain sera fait. Je veux partager mon temps. Je ne sauve pas de vie, je ne suis pas médecin. Je suis un saltimbanque. Alors, si je peux voir dans les yeux de ces enfants des étoiles même un court instant, c’est gagné !

 

J’ai envie de faire partager ma passion pour la musique, égayer la journée de ces enfants et de leurs familles. Et puis, pour ELA, c’est important qu’on parle de la maladie, qu’on réunisse des fonds c’est essentiel.

 

 

Comment voyez-vous la suite de votre engagement avec ELA ?

Dès que mon emploi du temps le permet, je veux être présent pour ces enfants. On ne peut pas être indifférent et je n’ai pas envie de m’engager en dilettante. Provoquer un sourire, passer du temps, faire du bien à ces enfants en espérant qu’on trouve un moyen d’arrêter ce fléau. C’est mon rôle de parrain.