Un Tour de France peut en cacher un autre…



Publié le Lundi 22 juillet 2013

bocande

Organisateur de la Randonnée du Sel au profit d’ELA depuis cinq ans, Laurent Bocandé avait un défi fou en tête pour le Centenaire du Tour de France : suivre le parcours des pros, étape par étape, en partant quelques heures seulement avant la Caravane… Un projet qu’il a réalisé au profit d’ELA en compagnie de son compère Jérémy Baucherel…

A peine descendu de son vélo, et juste avant de reprendre le chemin du bureau dès ce jeudi, il revient sur cette belle aventure humaine…

 

D’où vous est venue cette idée folle ?

Cela fait des dizaines d’année que je pratique le cyclisme et cette idée de parcourir le « vrai » Tour de France le même jour que les professionnels me trottait dans la tête depuis un moment. L’idée a muri il y a deux ans maintenant quand un ami à qui je présentais ce projet ma répondu : « Banco, je te suis ! ». En 2011 nous avons donc déjà fait un premier Tour de France. Malheureusement il m’a manqué de temps pour organiser quelque chose pour ELA autour de cette aventure même si ça me tenait vraiment à cœur. Cette année, j’ai donc voulu profiter de ma bonne forme pour repartir sur les routes avec mon vélo en anticipant cette fois une opération caritative.

 

Pourquoi avoir choisi de mettre ce projet au profit d’ELA ?

Depuis 2008, nous organisons la Randonnée du Sel pour l’association. C’est une randonnée de 3 jours à Pâques… Traditionnellement, on partait entre copains, pour un week-end convivial de vélo et de fête. Je voulais que cette opération puisse se faire au profit d’une cause. Par l’intermédiaire de la vente de sel (nous sommes originaires de Guérande), nous réussissons à dégager des bénéfices pour ELA. Nous avons créé de beaux échanges avec l’association et ses familles… Il est question de partages, d’échanges, de rencontres… Ce sont des valeurs qui me sont proches… Je trouve tellement important de pouvoir associer une cause comme ELA à l’organisation de ce type d’événements, si fréquents tous les week-ends partout en France. Il me semble que c’est, certes, un peu de travail supplémentaire, mais c’est tellement enrichissant de se dire qu’on a apporté de l’argent, ou ne serait-ce que du réconfort à ceux qui en ont besoin. C’est assez naturellement que, fort de cette expérience, nous avons décidé de faire ce Tour de France au profit d’ELA.

 

Concrètement, comment s’est déroulé ce Tour ?

Les professionnels partent à 11h, 12h ou 13h chaque jour pour arriver vers 17h en fonction de la difficulté des étapes. De notre côté, il s’agit donc de partir bien avant pour finir nos étapes avant que les routes ne soient fermées par les organisateurs avant le passage de la caravane du Tour pour des raisons de sécurité. Il y a donc une certaine pression pour nous puisque nous devons garder un bon rythme. C’est un effort physique important. En moyenne nous partons à 6h du matin ! Selon les difficultés des étapes, nous mettons 6 ou 7h chaque jour.

 

Comment se prépare-t-on pour un tel événement sportif ?

C’est sûr que ça ne s’improvise pas ! Il faut trouver des sponsors pour nous aider dans la logistique… Et puis bien sûr il faut trouver le temps, en plus de nos engagements professionnels, de s’entraîner  car il y a plus de 3.000km à parcourir sur 3 semaines… A titre d’exemple, cette année avant de commencer le tour, j’avais 11.000km d’entraînement dans les jambes ! Soit presque 300 heures d’entraînement sur un vélo… Je suis monté en puissance à partir du mois de mars en faisant environ 500 km par semaine…

 

Arrivez-vous à vous reposer comme les « pros » quand vous bénéficiez d’une journée de repos ?

Pas vraiment finalement ! D’abord nous n’avons pas de transfert en avion entre deux étapes et nous gérons seuls notre logistique… Ensuite, nous essayons de passer du temps avec les familles d’ELA que nous rencontrons sur le parcours ce qui est quand même le minimum… Enfin, il nous tenait à cœur de remercier les partenaires qui nous ont soutenus aussi à St Gildas des Bois, ville départ pour l’étape en direction de Saint-Malo, nous avons organisé sur un stand une petite réception pour recevoir tous nos partenaires… Il a donc fallu organiser tout ça, faire  les courses, installer des panneaux de présentation de notre défi… Ce n’était clairement pas de tout repos ! D’autant qu’il fallait malgré tout faire une quarantaine de km à vélo pour dégourdir les jambes car notre organisme s’était habitué à pédaler tous les jours. C’est important de maintenir le cap !

 

Quels souvenirs garderez-vous de cette aventure ?

Il y en a beaucoup. D’abord l’accueil des Corses m’a vraiment impressionné. L’île de Beauté porte vraiment bien son nom… mais au-delà de leur belle île, les Corses sont d’une gentillesse exemplaire. Nous avons quand même roulé un bout d’étape aux côtés d’un cycliste de grande renommée : Mario Cippolini ! Un personnage du cyclisme mondial qui a été vraiment adorable avec nous… Cela restera un beau souvenir ! Nous avons également retrouvé un Australien qui participe au Tour de France comme nous pour une belle cause et que nous avions déjà croisé en 2011… J’ai aussi rencontré sur une des étapes une personne que j’avais croisée lors de la randonnée du Sel et qui m’a reconnu et encouragé… Ca donne des ailes pour avancer… Il y a rarement des moments de solitude sur cette aventure…. D’abord parce que notre moteur est ELA et qu’on sait donc pourquoi on pédale… Ensuite parce que le public, même s’il est venu voir les « pros », est aussi là pour nous encourager… Et, bien sûr, il y a l’Alpe d’Huez, une étape mythique, compliquée, avec 900 000 spectateurs annoncé sur le parcours…

 

Revenons sur la vente de sel qui permet de collecter des fonds pour ELA…

Etant originaires de Guérande, le sel est un produit qui nous tient à cœur….C’est sain, naturel, de consommation courante… Nous bénéficions d’un accord avec notre fournisseur partenaire (Tradisel) qui offre du sel en plus de celui que nous achetons. Nous avons fait livrer le sel aux familles d’ELA via notre prestataire Gabelou. Ces deux entreprises nous soutiennent d’ailleurs déjà depuis des années sur la Randonnée du Sel. Nous avons donc fait livrer du sel que nous avons réussi à vendre sur différentes étapes grâce au soutien de familles d’ELA, notamment Joyce Gosset en Corse, ou à Pau avec Francine Delacotte et à Tours avec Joëlle Meffre. En tout cas, cette année, sur le Tour de France, chaque fois, tout le sel est vendu ! Je sais que le potentiel est beaucoup plus grand encore. C’est presque un peu frustrant… Mais au-delà de cette collecte d’argent, chaque jour, nous rencontrons beaucoup de monde sur notre passage sur la route du Tour. Il faut savoir que le public s’installe très tôt aux abords des routes pour profiter au mieux du spectacle… Il y a donc une belle sensibilisation qui se fait autour d’ELA. Bien sûr quand nous pouvons bénéficier également d’un éclairage médiatique comme lorsque nous avons été interviewés par France Info* c’est également une belle occasion de faire parler d’ELA.

 

Au-delà de l’exploit sportif, ce sont surtout beaucoup d’émotions finalement qui resteront gravées dans votre mémoire autour de ce Centenaire du Tour de France ?

Oui, très clairement. Aujourd’hui, c’est encore trop flou, beaucoup d’images se mélangent… Je suis vraiment heureux d’avoir réussi à passer la ligne d’arrivée à Paris… Ce n’est pas une victoire, il n’y a pas de maillot jaune pour nous… Mais nous sommes allés jusqu’au bout de l’aventure, j’avais un objectif très clair, je l’ai suivi… Mais le combat des enfants d’ELA est beaucoup plus difficile que le nôtre, nous en sommes bien conscients, donc il n’y a aucune fierté à avoir accompli notre Tour de France. Nous ne pouvions pas nous plaindre ni abandonner pour eux… J’espère que les familles d’ELA sont contentes de ce que nous avons fait pour eux… J’ai d’ailleurs un moment fort d’émotion en tête quand nous avons traversé le camp militaire de Coëtquidan. La vision de ces milliers de croix blanches alignées sur le bord de la route m’a beaucoup impressionné et ému…

 

Quel est votre programme maintenant ?

Je retourne au travail dès jeudi… Je vais reprendre le vélo rapidement car mon organisme en a besoin… Et ça fait partie désormais de mon équilibre vital. En fin d’année, nous aurons probablement 25 000 kilomètres au compteur…

 

* : http://www.franceinfo.fr/cyclisme/ils-font-le-tour-juste-avant-les-pros-1064203-2013-07-11